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textes sur Ghyslain Bertholon

Mardi 26 juin 2012 2 26 /06 /Juin /2012 15:07

 

ART CONTEMPORAIN

L'âge Bêtes

 

UN BESTIAIRE EXTRAORDINAIRE PEUPLE
LA SCÈNE CONTEMPORAINE ET PROLIFÈRE
DANS LES MUSÉES. DERRIÈRE L'ANIMAL,
L'HOMME ET SES QUESTIONNEMENTS :
INSTINCTS SAUVAGES, PEUR DE L'EXTINCTION,
FASCINATION INQUIÈTE FACE À
L'ALTÉRITÉ... CHAQUE SPÉCIMEN RACONTE
QUELQUE CHOSE DE LA NATURE HUMAINE.
CAS D'ESPÈCES. Patricia Boyer de Latour


 

Vanitas chateaudun PA1NET

Vanitas / ghyslain bertholon 2006-2012

 

(...)

Trash ou rigolo, dérisoire ou poignant, l'animal dans l'art
contemporain est investi de nos peurs et de nos interrogations
L'époque est violente, la laideur partout, et
les artistes sont au diapason Mais quand Eduardo Kac
photographie son lapin fluorescent et génétiquement
modifié, il fait signe au lapin dessiné par Durer, véritable
icône de l'histoire de l'art Par ailleurs, « notre
époque fait l'amère expérience du désenchantement
du monde, du déclin des idéologies, de la perte de foi
en l'homme et en son destin. Depuis les atrocités du
XX1 siècle, désormais, en art, la figure humaine n'est

plus guère tolérée qu'humiliée, abaissée, meurtrie, remarque
Claude d'Anthenaise, directeur du musée de la
Chasse et de la Nature et commissaire de l'exposition
"Bêtes off" à la Conciergerie C'est pourquoi les animaux,
comme le cerf blessé à mort de Ghyslain Bertholon (à la
Conciergerie), dont les ramures dorées repoussent dans le
sol, ou la chouette de Claire Morgan, en pleine métamorphose,
nous touchent. En traversant les lignes de la vie et
de la mort, ils nous disent quelque chose de notre humanité
en souffrance et de notre devenir incertain » Représenter
l'animal dans l'art contemporain, c'est parler de sauvagerie,
de néant, de beauté, d'altérité, de tendresse et de
spiritualité à hauteur d'homme. Une manière de retrouver
du sens dans un monde qui n'en a plus.

 

Patricia Boyer de Latour


Extrait de l'article Art contemporain, l'âge Bêtes

de Patricia Boyer de Latour paru dans Madame Figaro 10/03/2012

 


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Jeudi 9 décembre 2010 4 09 /12 /Déc /2010 09:59

After studies in communication through image, Ghyslain Bertholon comes to the School of Fine Arts in Saint-Etienne in 1994. Four years later, he passes his DNSEP with distinction.

In 1999, he enters the "Atelier de Conception", which gathers about 15 artists, architects and designers working in public spaces thanks to proximity actions.

Till 2004, he multiplies artistic cooperation and creates or joins several artists' collectives. He achieves at the same time several public orders for perennial installations in public space. Since 2005, he writes his own "Poézie" (implementation of the artistic programme "Diachromes Synchromes et Poézies") and takes part into exhibitions and residencies in France and in foreign cities such as Berlin, Tallinn, Riga...


The same year, he founds the "Laboratoire d'Art Impliqué" (association for public awareness of contemporaneous art) and works for the Higher School of Art and Design of Saint-Etienne in collaboration with the European League of Institutes of the Arts (ELIA) within the frame of  the programme called Re:search.


The work of Ghyslain Bertholon is structured since 2005 around two distinct but complementary poles. The first one allows him to analyse the image and information fluxes (research programme giving birth to Diachromes and Synchromes) while the second one regroups, under the name of Poézies, all his thoughts and sensitive approach on what constitutes our social and cultural environment.


Ghyslain Bertholon is represented since 2005 by the Georges Verney-Carron gallery in Lyon, France, since 2008 by the SynopsisM gallery in Lausanne, Swiss, and since 2009 by the School gallery in Paris, France.

 

 

Pour info : Nouvelle page bio / version anglaise

Merci à Hélène, Josyane et à la cité du design

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Vendredi 12 février 2010 5 12 /02 /Fév /2010 16:13

 

 

"L’impulsion première, ayant permis la naissance de cette œuvre, est à chercher dans la lecture d’un article du Monde Diplomatique décrivant le système carcéral français, des conditions de détention aux problèmes d'hygiène et de santé attenants.

Une réflexion est née chez l’artiste sur la notion d’enfermement puis, par ricochet, sur les parts de nature que nous, animaux urbains, étions susceptibles d’enfermer en terme de réappropriation.

Les griffures et lacérations gravées dans l'émail des pots témoignent de l'insoutenable violence infligée à celui que l'on prive de liberté et nous ramène aux temps les plus sombres de l'histoire des hommes.

C'est sans se départir d'une forme d'humour cinglant et en s'appuyant sur un toujours implacable rendu formel que l'artiste aborde ses questions lourdes de sens et chargées d'émotions." E.M. 2008



pot de taupe lumineux
Ci-dessus : Pots de Taupes / Recherches pour L'Abbaye de Maubuisson / Ghyslain Bertholon 2009

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Lundi 8 février 2010 1 08 /02 /Fév /2010 08:58

GHYSLAIN BERTHOLON, SONGES ET TOURMENTS D'ALICE ET PETER.

 

Jeune loup au repos 1

Jeune loup au repos / Ghyslain Bertholon 2003

 

Avec Ghyslain Bertolon le loup est l'agneau et réciproquement, comme Jekyll est devenu indissociable de Mr Hyde. Posé sur ce concentré d'antagonismes, le regard est partagé entre la douceur de l'un et la cruauté de l'autre. L'inquiétante figure du loup transparaît sous les apparences de l'agneau comme une mutation contre nature arrêtée en cours de métamorphose. Le loup, qui généralement est tapi dans l'ombre des chambres d'enfants, sous leurs lits ou au fond des couloirs obscurs, se dissimule même dans le corps d'un agnelet, prêt à provoquer une frayeur irrationnelle. A qui donc se fier dans ces conditions ?

Figures de rhétorique et jeux de mots concrétisés par des manipulations visuelles, chez l'artiste le langage est aussi une matière traitée au même titre que les matériaux et les références artistiques mis en œuvre. Le trophée de chasse par une contrepèterie visuelle et verbale devient un "Troché, (présenté de face)" et l'animal victorieusement abattu présente à son assassin un irrespectueux arrière-train. S'agit d'un acte insolent ou du lapin d'Alice qui, du coup, a le pouvoir de passer à travers le mur pour nous entraîner au-delà du réel ?

 

Troché (présenté de face), lièvre Nicolas

Troché (présenté de face), lièvre / Ghyslain Bertholon 2007

 

"Nous sommes faits de la même étoffe que nos rêves", fait dire William Shakespeare à Prospero, l'un des personnages de La Tempête. Jeune père, Ghyslain Bertholon est troublé lorsque son fils surgit dans une pièce revêtu de sa propre panoplie de Zorro, dégottée chez ses parents dans sa chambre d'enfant. Saisi par l'émotion, l'artiste s'interroge soudain : "Que sommes-nous devenus ?", entre l'étoffe et nos rêves quel espace reste-t-il donc pour nos corps devenus trop vite adultes ? "Tous les enfants sauf un, grandissent, ils savent très tôt qu'ils grandiront", l'artiste semble bien avoir refoulé la première phrase du récit de Peter Pan et l'idée lui vient donc de demander à des personnes de sa génération de tester un instant la persistance des désirs infantiles lorsqu'ils retrouveront les déguisements d'une prime jeunesse révolue. Si les coutures des habits cèdent sous la pression des carcasses matures, est-ce ce corps qui a trop poussé ou bien l'ambition d'être un héros qui aura rétrécit ?

 

Chaperon rouge NET

Que sommes-nous devenus ? / Ghyslain Bertholon 2006

 

L'opération n'est pas sans risque, le ridicule peut tuer et la démonstration échouer, mais la mise en scène soignée confère à la personne de cette galerie de portraits une dignité remarquable. Ils retrouvent la magie du costume qui métamorphose instantanément celui qui le porte en Fée Clochette, Davy Crockett ou Superman et rebroussent le chemin vers les rêves des enfants qu'ils furent. Nous assistons à la dissolution de la personne dans son personnage, une réincarnation en sorte où la mélancolie toutefois affleure sur ces visages, comme une ultime résistance de la lucidité de l'adulte face à son destin. Avec ses portraits photographiques, lieux d'excellence de friction entre le réel et nos imaginaires, Ghyslain Bertholon est bien l'artiste idéal pour nous amener à réfléchir sur l'endurance des songes à l'épreuve du temps et à leur transmission des générations aux autres.

 

Jacques PY, 24 octobre 2007

 

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Samedi 30 janvier 2010 6 30 /01 /Jan /2010 16:30

 

Depuis 2003, date de création de ses premières Poézies, Ghyslain Bertholon use régulièrement de la rhétorique animale pour interpréter travers et paradoxes générés par le comportement de ses contemporains. Quelles soient nettement politiques (comme Vanitas, qui naît durant les prémisses la campagne présidentielle française) ou plus directement liées à des données sociologiques (You're welcome), historiques (La Grande Mouette) ou environnementales (Trochés présentés de face), les Poézies témoignent des prises de position de l’artiste dans un monde en profonde mutation.

 

A travers ses oeuvres les plus récentes il met en lumière l'intenable position du plus clairvoyant des animaux rendus aveugles. Cette bête humaine qui s'est affranchie des lois de la nature pour présider à sa propre destinée au détriment du bon sens. Capable de couper la branche sur laquelle elle s'est installée avec la confiance aveugle de l'insouciance, convaincue d'apprendre à voler avant de toucher le sol.

Au delà des références qui émaillent les oeuvres et font sonner les titres, accompagnant le sourire qui pince parfois les lèvres du regardeur attiré par l'extravagance de la forme, comment ne pas voir dans lapin descendu par un escalier (to Eardweard and Marcel) une critique de nos acceptations et comportements collectifs : des lapins, tous identiques tentent la traversée du miroir.

Têtes baissées, ils fondent sur l'illusion d'un ailleurs merveilleux. Mais n'est pas Alice qui veut et le salut n'est pas offert. Au pied du cinquième miroir, résolument vide, gît un morceau de lapin. Douloureux rappel à la réalité pour le dernier des clones, coupé dans son élan, happé par la Terre, ogresse nourricière. Méticuleusement déployée en un inexorable decrescendo, la fuite s'achève sur l'échec de la traversée. Point de happy end.

 

Pas plus que pour le dernier Troché (présenté de face) de l’artiste ou une vache semble vouloir s'arracher à une réalité qui n'est la sienne.

Présentée sur un blason assez grand pour accueillir les dépouilles des gibiers les plus gros, le cul du paisible bovidé. Anus, vulve et mamelles de l'herbivore en lieu et place des crinières et crocs du prédateur rex. Préfiguration d'un monde où les mangeurs de plantes seraient contraints au régime carné.

 

Nés de la résurgence de souvenirs enfouis ou l’artiste, alors enfant, assiste au massacre d’animaux durant une partie de chasse, les Trochés de Ghyslain Bertholon s’appuient sur un effet plastique implacable pour interroger le rapport de domination exercée  par l’homme sur la nature.

 

Une nature dédiée aux seuls besoins de l’humanité comme le montre les squelettes automobiles baptisés de noms latins que sont la Deupatosausus et l’Aberratosaurus que l’artiste exhibe sur le bord des routes. Fossiles d’anticipation échoués ; l’artiste présente, avec un peu d’avance, des aberrations de l’évolution technologique vouées à une inexorable disparition. L’histoire des hommes qui n’ont eu de cesse de piller et plier la nature selon leurs désirs de croissance économique, est esquissée à travers la fin programmée du règne de l’automobile ; tout au moins dans la forme et les usages que nous lui connaissons aujourd’hui, précise l’artiste.

 


Vanitas, pièce récente elle aussi, met en scène un cerf majestueux, phoenix des hôtes de ce bois, dans une insoutenable scène d’agonie. Un roi à genoux, proie rendu contorsionniste par la démesure de son ramage, que de minuscules insectes dévorent d’un appétit revanchard. Si la posture de la bête s’inspire de tapisseries moyenâgeuses, la vanité est contemporaine et l’allégorie éternelle.

 

Miroir déformant révélant des visages de l’humanité, la figure animale, telle que mise en scène dans les œuvres de Ghyslain Bertholon, nous pousse à observer sous un angle différent les rapports que nous entretenons avec les autres, la nature, nous-même. L’homme comme point de départ et finalité d’une œuvre reliée à la vie par chacune de ses éruptions artistiques.

 

 

Jacques Thévenoz - 2008

 

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Vendredi 16 janvier 2009 5 16 /01 /Jan /2009 10:18



Ghyslain Bertholon

Une demie seconde d'éternité
Diachromes et Poézies


 

On considère généralement que les arts visuels sont davantage ceux de l’espace que ceux du temps, dont la musique, les arts de la scène ou la littérature seraient mieux à même de traiter. Ce point de vue doit surtout à la traditionnelle catégorisation des beaux-arts (peinture, dessin, architecture) et des grands champs esthétiques (principalement l’opposition de la peinture et de la musique), mais il n’a plus la même validité depuis que ces classifications ont été remises en question par les artistes contemporains : l’hybridation constante des moyens employés pour traiter de notre rapport au monde, l’intégration dans les œuvres de signes et d’objets relevant de multiples domaines de l’activité humaine, la place privilégiée du langage et des concepts dans la mise en œuvre des processus artistiques (préférés aux simples objets figés et aux formes arrêtées) ont concouru à rendre possible la prise en compte du temps dans les arts plastiques, bien au-delà de ce qu’envisageait la vieille peinture d’histoire ou même le moderne futurisme. Surtout l’homme a pris acte au XXème siècle que toute réalité se situe dans un mélange d’espace et de temps, que l’espace-temps est constitutif de la situation relative de tout être et de toute chose puisque rien n’a d’existence en soi mais seulement en relation avec d’autres réalités définies par d’autres coordonnées spatio-temporelles. Tâcher de saisir comment certains espaces traduisent des passages dans le temps ou, au contraire, comment certaines histoires produisent des inscriptions ou des extensions de l’espace – qu’il soit physique, existentiel ou symbolique – est le projet de nombreux artistes actuels particulièrement attentifs à cette structuration complexe « du monde ». L’unité globale de ce dernier n’est-il pas alors un simple effet de langage, une commodité qui efface la véritable diversité des espaces-temps qui composent le réel ? Toujours devrait-on dire « les mondes ».

 

Ghyslain Bertholon fait partie de ces artistes pour lesquels l’œuvre ne saurait être que l’inscription de leur propre « espace-temps ». Cela signifie que l’art n’a pour lui de sens que s’il permet de rendre compte des relations qui le constituent, relations avec « les autres », les proches ou les rencontres occasionnelles de sa vie sociale, les vivants ou les disparus (par exemple les maîtres du passé), ou encore relations avec les instruments qui permettent aujourd’hui de maîtriser et de compter le temps (horloges, satellites…) ou qui produisent le simulacre d’une mémoire collective (la télévision et les images des médias).

A l’occasion de cette exposition personnelle, Ghyslain Bertholon présente 12 Diachromes, soit la totalité actuelle de ces pièces : il s’agit de vitraux montés sur caissons lumineux, qui ont été réalisés à partir de prises de vue photographiques d’écrans de télévision faites à l’occasion de rendez-vous fixés avec d’autres artistes, souvent ses aînés, tel jour, telle heure, telle minute, telle seconde. Le « top » de cette prise de vue est donné par l’artiste invité. La « recapturation » (GB) d’une image de la chaine télévisée la plus regardée dans le pays où se trouve l’artiste, ainsi que la première phrase entendue par lui sur cette même chaine, constituent le matériel de chacun de Diachromes. Des films de ces rendez-vous au rituel clairement établi sont également réalisés par un « témoin », et témoignent de ces opérations de coupe dans le flux télévisuel : ils construisent peu à peu, à l’encontre de l’improbable mémoire événementielle, une fragile banque de souvenirs qui ne sont collectifs que parce qu’ils sont partagés. « L’histoire est un cauchemar dont j’essaye de m’éveiller » écrivait James Joyce, et Ghyslain Bertholon met en œuvre ce non-programme politique en taillant dans les remugles cathodiques d’où il fait surgir ses haïkus lumineux, épinglés sur (et par) des courbes temporelles complices (celle du spectateur de l’œuvre étant la dernière).

Comment j’ai tué le temps (2008) est une œuvre nouvelle qui prend acte de la séparation définitive du temps et du mouvement mécanique dans les horloges contemporaines. A la gravité des poids qui liaient le mouvement mécanique des aiguilles à la pesanteur terrestre et au mouvement cosmique, s’est substituée l’apesanteur insaisissable des satellites, flottant au dessus de nos têtes. Le temps est donc mort à nos corps, il est fait d’ondes dont nous ne pouvons même pas saisir les chiffres dans les miroirs tournés vers l’azur ou flottant dans la nuit, parmi les étoiles. Il est mort, et il est probable que cette mort concerne aussi les corps des êtres qui ne sont faits que de ces relations abstraites qui les tiennent toujours plus éloignés les uns des autres. Ghyslain Bertholon essaye en tout cas d’enregistrer ces fils qui tissent l’espace-temps d’un individu aujourd’hui conscient de lui-même et des autres.

A cette installation, il ajoutera donc quelques œuvres murales qui l’inscrivent dans le temps d’une biographie dont il sait bien qu’elle ne peut être que fictionnelle mais qui devient, par cette prise de conscience même, véritablement humaine.

 

Emmanuel Latreille

Directeur du Frac Languedoc-Roussillon

 

 

 


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Jeudi 23 octobre 2008 4 23 /10 /Oct /2008 12:25
Texte écrit par Alain Livache
Commissaire de l'exposition ALTER EGO (Charteuse de Mélan, Haute-Savoie).
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Ghyslain Bertholon   Que sommes-nous devenus ? 


Dans le cadre de sa résidence d’artiste, Ghyslain Bertholon poursuit sa série « Que sommes-nous devenus ? » engagée en 2006 avec les habitants d’Entremont.  
L’artiste demande à de jeunes parents d’exhumer de leurs malles à jouets les panoplies et autres déguisements de leur enfance. Cette génération des trentenaires, pour l’artiste, est celle du basculement définitif entre l’état d’enfance et d’adolescence vers l’état d’adulte. Souvent ce basculement s’articule avec l’arrivée du premier enfant…  Il propose ensuite à ces «partenaires» de revivre leurs vieux rêves en endossant à nouveau ces costumes oubliés. Autant que faire se peut, les costumes et accessoires sont ceux, réels, de leur enfance. Des prises de vue sont ensuite réalisées « à la chambre » dans un studio spécialement installé pour l’occasion. Les modèles sont présentés de face sur fond noir. Dignes, assumant chacun à leur manière l’inconfort de la situation… La prise de vue se réfère aux portraits de notables du 17ème siècle, arborant leurs attributs (leurs panoplies?) dans un clair/obscur profond. Le format, la lumière et la posture sont empruntés à l’Autoportrait au col de fourrure » d’Albrecht Dürer.
Remerciements aux personnes ayant endossés leurs costumes d’enfance, et aux partenaires et associations ayant permis la réalisation de cette œuvre.  
La présentation de ces portraits est associée à la création intitulée « Avant la tempête » au centre du cloître.  

Ghyslain Bertholon  Avant la tempête.  















Cent corbeaux blancs immobiles et silencieux envahissent le centre du cloître et son pourtour… Cette création, conçue par l’artiste en relation aux portraits du déambulatoire, crée une tension dramatique paradoxale vis-à-vis de la sérénité apparente dégagée par les visages se succédant sur les murs. Il s’agit là pour Ghyslain Bertholon d’explorer le moment d’avant la tempête, cet espace temps où tout est immobile avant de se  transformer. On pense aux corbeaux du célèbre film d’Hitchcock  (Les oiseaux) où la tension maximale se situe lorsque les oiseaux sont figés et muets. C’est donc ici le calme avant la tempête… une autre façon de traiter des métamorphoses du temps au coté de celles développées par les portraits,  entre enfance et âge adulte.
L’ensemble (portraits et corbeaux) est conçu comme une entité pour ce cloître.
La Chartreuse de Mélan accueillit pendant cinq siècles des générations de moniales. Silence et prières étaient leur devise. Le blanc des corbeaux est un écho à ces vœux de pureté et de chasteté. 100 corbeaux, comme l’égrenage d’un siècle. 100 corbeaux dont un seul noir. Celui-ci marque la différence, il incarne la marge et la perturbation au sein de ce qui pourrait être un ordre par trop cousu de fil…blanc. 




























Ghyslain Bertholon Diachromes
 

Ghyslain Bertholon présente quatre de ses « Diachromes » en caissons lumineux issus d’une relation différée avec autrui. Les Diachromes sont des reflets anachroniques et baroques du flux d’images télévisuelles qui nous assaille continuellement.
Un protocole de réalisation précis préside à leur réalisation : - L’artiste sollicite d’autres artistes (ici Félicé Varini, Tadashi Kawamata, Carmelo Zagari et … lui même), afin que ceux-ci choisissent une date et une heure précise à venir. - A cette date et heure, il capture sur l’écran de télévision l’image véhiculée à ce moment-là. Cette capture s’effectue sur la chaine dont il sait qu’à cette heure là l’audimat est le plus important. - L’image est ensuite transposée en vitrail.
Le vitrail, généralement médium de la spiritualité, sacralise ces images aléatoires (1/25ème de seconde) avec une certaine ironie. Elles deviennent icônes, elles révèlent le leurre médiatique. Les maîtres verriers indiquent qu’un bon vitrail peut durer près de 1000 ans… La transcription d’une image fugace en ce médium parmi les plus pérennes, nous engage à une réflexion sur la vacuité et le dérisoire de nos contemplations cathodiques.
Ghyslain Bertholon marque ainsi  le temps. Loin de le « suspendre », il le fige.  De Claire Chazal du « 20h de TF1 » aux séries américaines, en passant par un dessin animé ou encore une image d’actualité, la capture d’écran, pourtant aléatoire, ne manque pas de révéler notre paysage télévisuel.

Diachromes. Vitraux au plomb et caissons lumineux. 2006-2007. De gauche à droite : 1 : Diachrome I - Rendez-vous avec moi-même - 4 août 2004 ; 13 heures, 13 minutes et 30 secondes.  2 : Diachrome VII  - Rendez-vous avec Carmelo Zagari ; 15 heures, 26 minutes et 43 secondes 3 : Diachrome VIII – Rendez vous avec Félice Varini - 6 avril 2005 ; 6 heures 0 minutes et 0 secondes. 4 : Diachrome IX – Rendez vous avec Tadachi Kawamata - 20 mars 2005 ; 13 heures 0 minutes et 0 secondes.  




















Le travail de Ghyslain Bertholon
se structure autour de deux pôles distincts et complémentaires : le premier l’entraîne dans l’analyse du flux d’images et d’informations auquel nous sommes soumis, le second regroupe sous le nom de « Poézies » l’ensemble de ses réflexions (souvent amusées) et de son approche sensible de ce qui constitue notre environnement social et culturel. Porteur des états d’âmes de sa génération, Ghyslain Bertholon emploie, pour certaines de ses oeuvres, avec divers médiums, des processus relationnels originaux.  

 
Alain Livache
Chargé de mission pour les arts plastiques à l'ODAC Office Départemental d'Action Culturelle de Haute-Savoie.
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Jeudi 28 août 2008 4 28 /08 /Août /2008 21:50
(...) La série des Trochés de Ghyslain Bertholon joue formellement sur les codes du divertissement et du décoratif. Ludiques, ces œuvres sont pourtant juste assez décalées pour laisser planer un malaise. Les animaux ainsi domestiqués gardent  une inaccessibilité sauvage et rendent compte d’une réalité hallucinée. Si l’ironie mordante est une des clés de lecture de ce travail, son apparence sereine et tranquille renforce notre déstabilisation. Cette esthétique du « décalage » donne à voir le réel dans ses travers et ses détournements symboliques. Dans les Trochés, l’animal en fuite dont on aperçoit plus que le derrière bute contre la clôture murale qui le ramène inexorablement à sa condition d’esclave. C’est pourtant un animal « acteur » que l’obstacle architectural fige, la mort étant ici le lieu d’une narration fantastique où la traversée de l’autre côté reste possible.(...)

Extrait d'un texte de Elisa Rigoulet - 2008

Troché (présenté de face), vache / G. Bertholon 2008




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