textes de Ghyslain Bertholon

Samedi 4 juin 2011 6 04 /06 /Juin /2011 11:11

Benoît XVI est heureux de vous présenter son dernier film...

 

tM tree NET

 

Coup de colère d'un artiste cinéphile et amoureux du 7ème art


Comment a-t-on pu attribuer la palme d'or du dernier festival de Cannes à Terrence Malick pour The tree of life ? Ce mystère restera pour moi aussi abscons que l'histoire développée par Malick dans son film. Le message est, quant à lui, très (trop) clair :

 

Dieu est tout et tout est Dieu.


J'ai rarement vu autant de spectateurs quitter une salle pendant une projection* ; je me suis accroché à mon siège par principe et orgueil. D'abord parce que j'ai pour habitude de regarder un film de la première à la dernière image, ensuite parce que j'ai cru pouvoir déceler ce que ces indélicats, qui fuyaient la salle à toutes jambes, ne pouvaient percevoir... J'ai cherché les références (évidentes à Lynch et surtout à Kubrick), tenté de trouver un sens caché aux images (autre que celui du message d'amour adressé au créateur suprême).


J'ai finalement été abassourdi par le prosélytisme religieux de Malick et la naïveté de sa mise en image. Certaines scènes sont tellement affligeantes de bondieuseries que j'ai cru le film produit par le Vatican.

 

Brad Pitt passe la moitié de son temps à avancer sa mâchoire inférieure pour paraître menaçant et autoritaire** : le problème c'est que notre prognathe en herbe oublie de le faire durant l'autre moitié du temps. Effet désastreux.  

Sean Penn n'a pas vraiment de rôle et traverse l'écran en gardant les yeux toujours mi-clos, sans doute aveuglé par la lueur divine qui émane du film. Affligeant.

 

Je pourrais tout de même vous dire la beauté de certaines images alignées gratuitement (et pourquoi pas ?), mais j'ai tellement vu ce genre de choses, bidouillées à coup de filtres, d'objectif macro et d'effets logiciels, pendant mes études aux beaux-arts que j'avoue ma lassitude. Il est naturellement parfois utile et nécessaire, pour un futur auteur, de fouiller longuement la forme pour mieux trouver le sens... A 68 ans, je pensais que Malick avait peut-être dépassé cette posture.Visiblement ce n'est pas le cas.


Le plus étrange, c'est que le nébuleux le partage au limpide.

On voit de manière évidente les envies et regrets du réalisateur. Sa volonté de nous amener à penser que tout se rejoint : l'infiniment grand et l'infiniment petit, l'amour et la haine, le beau et le laid, le passé et le présent pour former le grand dessein de Dieu. Evidents aussi ses plans de la lumière perçant les ténèbres (environ 50 fois en 2h20) et ces mains tendues vers le ciel illuminé. Mais terriblement boueux et lourds ses longs tunnels d'images pseudo-aériennes et hallucinées.

 

Alors un seul conseil : COUREZ VOIR LE GAMIN AU VELO DES FRERES DARDENNE !

Là encore un histoire de père et de fils mais avec une telle subtilité dans son économie de moyens que j'en suis encore bouleversé. Point d'effets spéciaux (ah oui, j'ai oublié de vous préciser que Malick nous rejoue Jurassic Parc dans une scène qui frôle le ridicule si elle ne s'y vautre pas) dans le film du duo belge, non plus de surlignage au marqueur fluo. Tout est posé là avec la délicatesse d'une feuille d'or sur un quotidien pourtant noir et cruel.

A voir absoluement.

 

gaminNET


A bon regardeur, je vous salue bien.

Ghyslain Bertholon


 

* dans un cinéma d'art et essai

** il nous a déjà fait le même coup dans Inglorious Bastard

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Mardi 4 janvier 2011 2 04 /01 /Jan /2011 10:41

Petit retour sur une très belle intervention croisée de Emmanuel Louisgrand et de l'atelier BL119 au Musée d'Art Moderne de Saint Etienne en fin d'année dernière. Cette oeuvre monumentale qui s'intitule Arborescence a été présentée dans le cadre de la dernière biennale de design. Une très belle pièce qui entrait en résonnance avec les oeuvres proposées par Emmanuel dans son atelier durant la même période.

 

Le travail de Louisgrand, qui se présente à nous comme artiste jardinier, est toujours un mariage de force brute et de franche délicatesse.

Un artiste à suivre, immanquablement...

 

A bon regardeur,

Ghyslain Bertholon

 

pièce manu NET

Arborescence / Emmanuel Louisgrand et Grégory Blain & Hervé Dixneuf (atelier BL119)

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Samedi 20 novembre 2010 6 20 /11 /Nov /2010 08:00

 

Face à Face avec Anna Thomson (détail2)

Face à Face avec Anna Thomson (détail)

Amos Kollek 1998

Ghyslain Bertholon 2010

 

 

Pour la petite histoire :


Le film de Kollek a été tourné sans grands moyens et en deux semaines seulement. Les décors seront ceux offerts par Manhattan, des bars branchés aux plus glauques en passant par les squares habités de Chelsea.

Anna Thomson incarne ici une femme entre deux âges que la vie n'a pas épargné. Un fantôme qui flotte sous le soleil glacé de New York.


Le film débute avec Sue, filmée de dos, qui tente vainement de convaincre son employeur qu'elle a encore sa place dans la société.

Tout est dit...

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Vendredi 19 novembre 2010 5 19 /11 /Nov /2010 10:14

Je poursuis donc mon impossible course après les images en mouvement, collectionnant les rendez-vous avec les comédiens issus de ma cinémathèque idéale. Je me suis penché cette fois sur le très émouvant film d'Amos Kollek, SUE. Film qui prit pour titre Sue perdue dans Manhattan lors de sa sortie en France en 1998.

 

 

Face à Face avec Anna Thomson (détail)

Face à face avec Anna Thomson (détail)

Amos Kollek 1998

Ghyslain Bertholon 2010


L'occasion m'est donnée de m'élever, une fois encore, contre cette triste habitude qu'on les distributeurs français de renommer les films d'import ; il s'agit le plus souvent de privilégier des titres qui sonnent mieux aux oreilles des francophones ! Faut-il nécéssairement assister et prendre la main les spectateurs exagonaux pour les traîner dans les salles obscures ? Est-il nécéssaire de dénaturer partiellement le travail des auteurs et réalisateurs (le titre particpant inéluctablement de l'oeuvre) ? Je ne le crois pas.


Pour rebondir sur le film de Kollek, je dirais même que le titre français est contre productif car il entraîne le spéctateur sur une fausse piste : ce n'est pas dans Manhattan que se perd Sue, c'est dans sa vie. Manhattan lui offre, a contrario, les seuls éléments et repères lui permettant de garder, quelques temps encore, la tête hors de l'eau. New-york est son jardin, son rêve et son enfer. Elle s'y glisse avec souplesse, s'y faufile avec habileté, y trébuche aussi. Elle en connaît les trucs et les pièges; les puits de lumière et les recoins les plus sombres.

Ce n'est pas cette ville qui est trop abstruse pour elle, c'est elle qui est trop tendre pour cette société. Tout le propos de Kollek est là. Il nous montre une femme à la dérive, inapte à la vie mais s'échine, au fil des scènes, à lui jeter des bouées qu'elle ne saisit pas, à lui tendre des bras qu'elle évite soigneusement, à lui décrocher des sourires qu'elle ne voit pas. C'est subtile. Discret.C'est Sue, le très beau film d'Amos Kollek que je vous invite à découvrir si vous ne le connaissez pas et à revoir si l'occasion vous en est donnée.

 

Bien à vous,

GhB




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Vendredi 8 octobre 2010 5 08 /10 /Oct /2010 08:51

trailer orange méanique GB2010 NET

TRAILER CLOCKWORK ORANGE

Face à Face avec Malcolm McDowell

A Clockwork Orange / Stanley Kubrick 1971

craie, crayon et fusain sur papier / 90X30cm

Ghyslain Bertholon 2010

 

 

 

Le principe des dessins de la série Trailers reste identique à celui de mes Face à Face. Je me concentre sur le personnage d'un film* et note l'ensemble de ses déplacements, m'arrêtant parfois pour souligner une expression,  une parole, un moment clef de l'intrigue. A l'instar des autres Synchromes, il s'agit d'un marquage du Temps et de l'Espace. Le seule différence réside dans le fait que je ne me saisis pas du film dans son entier, me concentrant sur un extrait donné ou empruntant des images à plusieurs scènes.

Si la structure de mes dessins s'appuie sur une forme d'objectvité (la présence à l'écran du personnage choisi est retranscrite dans son intégralité), leur forme finale intègre la poétique de l'instant. Il me serait complètement impossible de refaire, à partir du même film, deux dessins indentiques.

Chaque Face à Face est une rencontre privilégiée, un moment partagé que je m'accorde avec le(la) comédien(ne) de mon choix. Luxe suprême que celui de prendre rendez-vous avec Romy schneider ou Jean Seberg pour me perdre, une heure et demie durant, dans la douce profondeur de leurs regards (voilà que je me laisse aller au lyrisme !)**...

 

 

*Le cinéma m'accompagne depuis toujours et les films que je choisis de dessiner sont ceux qui, pour des raisons souvent très différentes, participent de ma construction mentale et émotionnelle car associés à un souvenir ou à un sentiment particulier. J'ai établi une short list de 160 films (sic) sur lesquels je compte travailler dans les années à venir en complément des mes Synchromes & Poézies.

 

**On retrouve ici l'ambivalence objectivité/subjectivité  : l'ensemble des déplacements du personnage sont pris en note à partir du mouvement de l'oeil droit du personnage tandis que je fige certaines expressions de ces mêmes yeux au gré de mes émotions.

 

 

 

trailer orange méanique GB2010 NET1

TRAILER CLOCKWORK ORANGE / Face à Face avec Malcolm McDowell (détail)

 

 

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Dimanche 26 septembre 2010 7 26 /09 /Sep /2010 12:10

Oulab chez Dupont Courtesy Galerie Eric Dupont

 

Petit retour sur une exposition à voir en ce moment.

Yazid Oulab chez Eric Dupont (13 rue Chapon, Paris 3ème)

 

Les oeuvres proposées par Oulab imprègnent l'espace de la galerie en un subtile équilibre. Des oeuvres puissantes à l'images de ces imposantes mains en fil de fer barbelé. Je m'interroge encore pour savoir s'il s'agit d'un accord que ces mains s'apprêtent à conclure où si elles s' approchent l'une de l'autre en un signe protecteur...

 

Une fois rue Chapon, il vous faut impérativement passer le portail du numéro 13 pour aller voir les expos proposées chez Claudine Papillon (Fridfinnsonn à partir du 10/10) et Isabelle Gounot (Détournements, expo de groupe jusqu'au 23/10).

 

Bonnes expos à tous,

Bien à vous.

Ghyslain Bertholon

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Jeudi 20 mai 2010 4 20 /05 /Mai /2010 10:12

Réalisé par Norman Jewison en 1967 avec pour acteurs principaux Sidney Poitier et Rod Steiger, ce film n'a pas pris une ride. On suit l'histoire de Virgil Tibbs, officier de police noir, enquêteur à Philadelphie et spécialiste en homicide égaré au coeur d'un Mississipi arc-bouté sur ses vieux réflexes esclavagistes.


Un meurtre vient d'être commis dans une petite ville où Tibbs se trouve par hasard. Il est d'abord arrêté par l'adjoint du sheriff avant d'être relâché sans un mot d'excuses. Après une valse hésitation magistralement mise en images, et sur les ordres de son supérieur, Tibbs accepte enfin de rester pour aider la police locale à résoudre cette affaire. L'hostilité de la population blanche et la puissance économiques des grands planteurs de coton vont rendre sa tâche aussi compliquée que périlleuse. Ce que découvre Tibbs, grâce à la puissance de son raisonnement et à son savoir faire unique, va ébranler les certitudes du chef de la police locale et l'équilibre de cette bourgade raciste du sud des Etats-Unis...

 

In the heat of the night entierNET


Face à Face avec Sidney Poitier

In the Heat of the Night / Norman Jewison 1967

Fusain et crayon et acrylique sur papier / 150X85cm

Ghyslain Bertholon 2010

 

Ci-dessous : Face à Face avec Sidney Poitier détails

 

In the heat of the night 2détailsNET

 

In the heat of the night détailNET

 

 

Ce film nous montre une Amérique à deux vitesses engluée dans son histoire de nation esclavagiste, une Amérique en mutation. Le duo d'acteurs, formé par ces deux policiers que sont Poitier et Steiger, retranscris avec une incroyable subtilité l'ambivalence des sentiments de chacun. Jeu de regards échangés, d'expressions du visage, de gestes à peine visibles. Les deux hommes vont lentement transcender leurs aprioris respectifs pour reconnaître la valeur de l'autre, sans jamais franchir tout à fait cette invisible barrière qui les place dans deux mondes par trop éloignés l'un de l'autre.

A noter que Poitier a reçu un Oscar mérité pour son intéprétation de Tibbs.

 

Ceux qui n'auraient pas eu le bonheur de voir ce très beau film y sont par moi  chaleureusement invités.


Bien à vous.

Ghyslain

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Vendredi 16 avril 2010 5 16 /04 /Avr /2010 09:32


Ei/Aïe devrait faire partie de Synchromes & Poézies, exposition personnelle que je débuterai le 11 mai 2010 à La Galerie (Ville de La Garde).

Le nom de cette pièce (qui se prononce Aïe/Aïe) fait référence à l'ambivalence des sentiments ressentis à la naissance d'un enfant. Mélange indéfinissable de peur et de bonheur, de larmes de joie et de douleur. Mes petits allemands me font des câlins en me disant "ei papa !" tandis que je crie l'onomatopée "aie" lorsque je me fais mal (mes enfants disent "aua" ; prononcez aouha). Ei/Aïe fait la synthèse entre ces émotions.

Ce sac de frappe, sur lequel figure taille réelle mon fils enlaçant un agneau en peluche, est incapable d'encaisser le moindre coup. La pièce est emplie de ouate. L'aspect brillant du satin rappelle le cuir tâné d'un punching ball mais s'avère aussi doux que fragile.

 

Ei Aïe 2

 

Ei/Aïe

Sublimation sur satin, ouate et chaîne en acier

Ghyslain Bertholon 2003

 

Ei-aï X3 (détail) NET

 

Bien à  vous,

Ghyslain Bertholon

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