Ma Léda par Julie

par Ghyslain Bertholon  -  29 Janvier 2012, 07:00  -  #actualité artistique

Ma Léda

Exposition personnelle / School Gallery Paris

 

 

Ma Léda, ma chère Léda

C’est l’histoire d’une légende mythologique si fertile qu’elle excita l’imaginaire et les mains des artistes depuis l’Antiquité. Léda et le Cygne raconte l’irrévérencieuse union entre une femme et un oiseau, entre la beauté et le pouvoir, entre l’épouse de Tyndare et puis le dieu des dieux alors métamorphosé en cygne pour la séduire : Zeus. Selon certaines versions, le croisement fut un viol, selon d’autres une étreinte sensuelle, à peine quelques caresses, quelques battements d’ailes. Ghyslain Bertholon traverse le mythe, s’enfonce dans ses troubles et fait un remake vénérien de la belle et la bête à tête de sexe.

 

Mon Cygne

Mon Cygne (détail de l'installation Ma Léda) / GhB 2011


Et ça ressemble à l’amour. Un cygne blanc et puis deux cœurs, démesurés, posés là, au sol, comme un paysage de trophées.  L’un est couleur ivoire et l’autre couleur charbon, brûlé, consumé. Alors, seul le désir s’amène, irrépressible et bondit de l’animal, de son bec turgide, gonflé, incandescent. Alors, seul le petit nerf de chair, à vif, roux d’ardeur et ceinturé par un bracelet de force, de ceux que l’on peut voir trainer parfois aux poignets des adolescents, se tend et ne s’arrêtera jamais de se tendre. On dirait un petit diable qui s’acharne à sortir de sa boîte, un dragon sur un corps de canard, une chimère libidinale. Et tout à coup, Zeus est un clown, une aberration sexuelle, un simple coq sur un ring de fièvre. A côté de lui, sur ces cœurs en désaccord qui ne battent plus, embaumés de laque, toutes les artères et les tissus graisseux, les reliefs et les vaines passions s’aiguisent. Car derrière les vernis, les maquillages, se cachent toujours les cicatrices et le souvenir des sentiments. Et voilà un autre oiseau aquatique qui plonge, à pique, cul par-dessus tête, dans les eaux troubles ou profondes de l’existence. Il est maintenant à l’envers du monde. Et c’est une bête à la mer en somme et c’est idiot car une bouée de sauvetage l’a piégée. Et la cabriole, et la galipette dessinent sur les visages des sourires, encore.

 

Vanitatum détail

Vanitatum (détail) / GhB 2012


Et ça ressemble à la mort. Des crânes, par paquets, en pagaille, agglutinés comme des diptères sur un autre, plus grand, plus fort, font rougir la citation biblique tirée de l’Ecclésiastique : « Vanités des vanités, tout est vanité. » Pour dire l’impermanence et la fragilité de la vie, pour écorcher les agitations de l’homme pour les joies, les biens terrestres, pour le pouvoir et les richesses, Bertholon choisit l’outrance des formes, l’hypertrophie visuelle. Ses extravagances sont des gros plans, des excès, des collisions. Alors on se cogne dans les dessous de l’ironie de Ghyslain, lorsque des mouches se posent clandestinement sur des fruits, si défendus, lorsque la petite bête s’épingle comme un bijou, une broche, sur l’origine du monde. Et le sexe des femmes, ici vierge de tout poil, est comme un appel au cri, au crime. La tentation se révèle profonde, irrésistible, trop humaine peut être.

 

Leda d'après francoisboucher NET

Léda d'après... (détail de l'installation Ma Léda) / GhB 2011

Ici : Léda d'après Boucher


Enfin, accrochés en vignette, comme des cartes postales mémorielles et un panorama iconographique de l’érotisme, s’alignent les versions passées de Léda et le Cygne d’après Boucher, Cézanne, Dali ou Da Vinci, entre autres. Glanées dans le flux des images du net, les toiles des maîtres pixellisées s’amusent avec le remix de Bertholon. Et nous aussi on s’amuse comme on se tord dans les poésies excessives de Ghyslain car elles embrassent les passions, celle de l’absurde et puis celle des sentiments. « Amuser les autres est une des façons les plus émouvantes d’exister. »

Julie Estève, décembre 2011