Grand large & canicule

par Ghyslain Bertholon  -  25 Avril 2006, 15:40  -  #textes de Ghyslain Bertholon

France. Août 2003. Durant les quinze premiers jours de ce mois, des records absolus de températures sont battus un peu partout dans le pays. La canicule s’installe provoquant des milliers de décès (près de 15000 recencés) en majorité chez les populations dites fragiles. Pour les plus de 75 ans, c’est l’hécatombe. 

 

« r » du large est née en cet été 2003, à la lumière d’une tragédie qui a révélé (une fois de plus) la sourde réalité de notre société. Car ce n’est pas la chaleur qui a tué, c’est la misère. Misère sociale, économique, matérielle et morale. Au cœur de nos grandes cités, des milliers de personnes délaissées sont mortes seules au milieu de la foule. Certaines d’entres elles sont retrouvées plus d’une semaine après leur décès gisant dans leur appartement. Incommodés par l’odeur, des voisins ont fini par alerter les secours.

 

Où vivons-nous ? Comment pouvons-nous à ce point ignorer l’autre, ce frère d’humanité (pour reprendre les mots de Jacquard) qui vit à nos côtés, sur le palier d’en face. Tellement transparent qu’il en devient invisible.

La foule des habitants de nos villes se croise et s’ignore.

L’autre dérange, quand il ne fait pas peur.

 

« r » du large reprend, de manière allégorique, ces problématiques et aborde la notion du respect de l’espace personnel* dans l’espace public. La foule n’est alors plus pensée comme une entitée homogène mais comme la somme d’individualités (où comment se sentir seul au milieu de la foule).

« r » du large est un refuge. Une manière de sortir du flux.

  « r » du large est une pièce qui a été pensée à deux (Maxime Bourgeaux & Ghyslain Bertholon) et les propos cités ci-dessus n’engagent que ma responsabilité. Je sais que Maxime a mis dans cette œuvre beaucoup d’autres choses qu’il se fera, le cas échéant, un plaisir de vous expliquer (pas vrai Max ?) !

A bientôt.

GB

 

* Le corps vécu n’est pas limité à la surface de la peau mais englobe un espace subjectif (Moles, 1977) dans lequel s’effectuent les mouvements du corps. Cette bulle psychologique dessine une frontière et un rayon (r) d’action, véritable barrière envers les autres et l’environnement.

Toute intrusion de l’espace personnel sera vécu différemment selon les liens socio-affectifs en jeu, les normes sociales et culturelles, l’état psychologique de l’individu et bien sûr le contexte situationnel.

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